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J.-J Rabearivelo, Sari-Nofy / Presque-Songes (1934)



Mamaky teny


Aza migadona, aza miteny :

hamaky ala ny maso, ny fo,

ny saina, ny nofy…


Ala miafina, na azo tsapaina ;

Ala.


Ala miraom-panginana

ala nandosiran’ny voron-kofinandrika,

ny voron-kofinandrika hasaina mihira

nahasai-mitomany ─


hasaina mihira, nasai-mitomany

ny toera-nahafoizany.


Ala. Vorona.

Ala miafina, voro-miery

ao anaty tànanao.



ree

|travail sur la première de couverture|




Lire


Ne faites pas de bruit, ne parlez pas :

vont explorer une forêt, les yeux, le coeur,

l’esprit, les songes…

Forêt secrète bien que palpable :

Forêt.


Forêt bruissant de silence,

forêt où s’est évadé l’oiseau à prendre au piège,

l’oiseau à prendre au piège qu’on fera chanter

ou qu’on fera pleurer ─


A qui l’on fera chanter, à qui l’on fera pleurer

le lieu de son éclosion


Forêt. Oiseau.

Forêt secrète, oiseau caché

dans vos mains.



ree


La poésie de Jean-Joseph Rabearivelo (1903-1937) n’a de toute évidence pas connu le retentissement et la reconnaissance qu’elle aurait dû avoir. Bien que présente dans l’essentielle Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française publiée par L. S. Senghor en 1948, elle-même préfacée d’un non moins essentiel Orphée noir par J.-P. Sartre, sa mort prématurée par suicide, sa naissance & vie sur l’île de Madagascar, auront, entre autres (et malgré les efforts récents pour le constituer en objet d’étude) pesé sur sa réception et diffusion. Alors même qu’une singulière et décisive expérience poétique s’y jouait : celle d’un bilinguisme du poème. Car le poème chez R. ─les manuscrits en témoignent ─ s’écrit exactement entre langues, entre deux langues : le malgache et le français. Alors la distinction entre langue-source et langue-cible se brouille, l’écriture s’aventure, s’active des ressources de l’une et de l’autre. Expérience rare, expérience ô combien nécessaire. Pour que chants et monde ne s’appauvrissent de ne pouvoir aller ailleurs et autrement ; et dont la mise en miroir des textes, dans cette édition (“bilangue” plutôt que bilingue pour reprendre le mot de C. Riffard) tente de rendre sensible et de renouveler.


|quatrième de couverture|



© éditions atmen, 2023

[ à paraître en juin ]

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